Fragments autobiographiques

1)

Je sors du bureau à la recherche d’un peu de tranquillité. A peine dehors, plusieurs camions de pompier crient un incendie quelque part. Est-ce la forêt vers laquelle je me dirige qui prend feu ?

Les arbres m’appellent, leur énergie m’inspire. Je pénètre dans les bois.

Très vite, des enfants envahissent mon espace avec leur maîtresse. Des boules de couleurs et d’énergie un peu trop bruyantes à mon goût. Un bonjour masqué avec l’enseignante et je cours, je vole loin des petits anges. Sous mes pas, le sol est élastique de toutes les couches de feuilles et de terre qui se sont accumulées au cours du temps. Quelques oiseaux timides chantent, avec la circulation en bruit de fond. Le parfum de la terre humide flatte mes narines.

Des chênes laissent passer quelques rayons de soleil qui tombent en taches sur le sol. C’est magique. Des gouttes de sérénités lumineuses coulent en moi. J’entends même les feuilles se détacher des arbres sans ordre prédéfini, flotter quelques instants dans les airs, avant de heurter le sol tout en douceur. C’est la danse de l’automne qui s’annonce.

Bientôt, je croise une femme, son portable collé à l’oreille. Elle parle et n’entend pas les feuilles tomber. Échange de sourires. Sans masque.

Arrivée en haut de la colline, je respire à fond l’odeur des sapins qui se cachent sous les chênes, comme s’ils voulaient en être protégés. Je songe à ma grand-mère qui me disait toujours de remplir mes poumons de l’air pur des forêts. Lors de nos promenades, nous ramassions de petites branches et des pommes de pin. La cheminée était toujours prête à accueillir un feu. Il suffisait d’une allumette pour que les flammes se mettent à lécher le bois sec.

J’avance sur le chemin, j’ouvre la bouche. Est-ce que l’air qui m’entoure a un goût ? J’ai envie d’en manger, d’en remplir ma bouche et de m’en goinfrer. Sur ma langue, juste une sensation de fraicheur. Rien de plus. Par contre, une odeur de marijuana me surprend soudain. J’aperçois un couple d’une quarantaine d’années qui se précipite dans les buissons. Je doute que ce soit eux qui fument. Mais au fond, pourquoi pas. Je les imagine, étaler une couverture sur le sol pour pique-niquer. Et plus si entente…

Sortie de forêt. Retour au bureau.

2)

Quand je passais des vacances chez ma grand-mère, la sieste m’était imposée. Je n’aimais pas ça. Évidemment avec le temps, j’ai changé. J’étais obligée de me coucher. Ma Grand-Mami, comme je l’appelais, fermait la porte et je tentais en vain de dormir… Je n’osais pas me lever et je m’ennuyais ferme. J’entendais le vent gémir à travers la vieille maison, se glissant entre les interstices de la fenêtre, mal isolée. En hiver, les vieux radiateurs se mettaient à cogner. Était-ce la dilatation des tuyaux qui en était la cause, quand l’eau chaude s’y écoulait ? La chambre était froide et plutôt inhospitalière. Couchée sur le dos, je fermais les yeux et tentais de m’occuper l’esprit. A l’époque, il n’y avait pas de téléphone portable avec des jeux et je n’étais pas censée lire.

Un jour pourtant, j’ai désobéi à ma grand-mère et j’ai osé me lever. Je suis sortie par la fenêtre. Il y avait un petit rebord plat, puis le toit en pente. Juste quelques tuiles que j’ai escaladées facilement pour atteindre une sorte de petite terrasse inutilisée, attenante au grenier. J’y suis entrée par une lucarne ouverte, suffisamment grande pour me laisser passer. C’était mon refuge, c’était mon royaume. Des merveilles s’y entassaient, souvenirs d’un passé africain exotique que ma grand-mère me racontait. Parfois, je fouillais dans les caisses, d’autrefois, je marchais en équilibre sur les poutres jusqu’à une lucarne d’où j’apercevais la rue en contrebas et la rivière au loin. J’y allais souvent seule, mais parfois j’étais accompagnée de mon frère.

Ce jour-là, il n’y avait personne pour venir avec moi. Au creux de mon estomac, comme un petit frisson. Frisson de crainte. Comment avais-je osé désobéir ? Puis, un sentiment d’excitation, une saveur délicieuse assaisonnée d’interdit. Non seulement, j’avais osé quitter le lit imposé, mais en plus, je m’étais risquée sur le toit de tous les dangers… Je n’y suis pas restée longtemps, juste ce qu’il fallait pour ressentir ce bonheur mêlé d’adrénaline. Un secret pour mon jardin intime, pour ma mémoire future.

3)

En ce qui concerne le contenu, les deux fragments mettent en avant un besoin de solitude et de sérénité et une nécessité d’agir, de se ressourcer. Les notions de jardin secret et d’intimité y sont aussi présentes. C’est le mouvement qui rythme mes fragments. Pour ce qui est de la structure, je constate, une alternance entre le récit (le mouvement), et les réflexions, le ressenti, l’auto-analyse, le questionnement. Au niveau du style, j’alterne des phrases complètes et des phrases sans verbe. J’utilise des questions pour faire part de mes réflexions. Je mélange les termes concrets à d’autres liés à des concepts ou à des sentiments. Je personnifie des éléments inanimés, tels que les arbres auxquels je prête des pensées. Enfin, j’utilise des mots, tels que : énergie, lumière, soleil, couleur, magie, fascination et d’autres expressions dans la même lignée.

4)

Les rayons de soleil tombent en pluie sur les taches de mon jardin intime, tandis que le vent s’insinue en moi par les fenêtres de mon passé. Au loin, les flammes d’un incendie m’attirent. Une énergie dévastatrice, fascinante, lumineuse. Est-ce ma grand-mère qui a mis le feu à la forêt de mes souvenirs ?

Je me réfugie sous les arbres de mon royaume secret. Libérée, je danse avec les feuilles qui me heurtent en douceur. Je danse avec des boules d’énergie et de couleur. Je danse l’automne de ma vie. Je danse pour retrouver ces gouttes de sérénité lumineuse, pour m’occuper l’esprit, pour oublier la maison vieille et froide où les radiateurs cognent.

Le vent gémit, attise les flammes qui embrasent les bois. Odeur de pin grillé. Recherche de merveilles assaisonnées de délicieux interdits pour ma mémoire future. J’avance vers la magie de mon avenir.

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