Devoir 9 Analyser sa pratique d’animation

1°Commentaire d’une analyse de pratique, article de Claire Lecoeur.

Après avoir travaillé plusieurs heures et écrit deux pages A4 sur l’article de Claire Lecoeur, j’ai repris tout depuis le début et j’ai abordé ce texte différemment. J’ai d’ailleurs même songé à prendre l’autre texte proposé. Bien que j’aie trouvé de nombreux passages qui ont fait écho en moi dans l’article de Mme Lecoeur, je me suis perdue dans d’autres passages qui m’ont paru très obscurs et touffus, certains bien structurés, d’autres sans queue ni tête. C’est comme si elle se laissait aller dans sa prose au fil de la plume, puis soudain, se reprenant, proposait une sorte de carnet de route assez précis de ses ateliers. L’article de M. Timbal-Duclaux me paraît beaucoup plus structuré et clair, alors même qu’il adopte une forme poétique.

Après une introduction sur sa pratique, à savoir conduire des groupes et accompagner des personnes dans l’écriture, Mme Lecoeur propose des « éléments qui permettent le travail avec ces groupes ». Elle découpe donc son article en sous-chapitres portant sur ces éléments. Elle relate donc sa pratique à la fois en tant qu’écrivante et guide d’un groupe d’écriture et propose un voyage à l’intérieur d’elle-même, en suivant à la fois une ligne directrice et son inspiration. Cette double tendance rend plus difficile d’accès ses conseils sur la façon de mener un groupe. Je vais reprendre ces éléments un par un.

Être là

Dans sa première partie, « être là », l’auteur raconte le premier jour d’un atelier, sur ce qu’elle y a peut-être dit, à savoir que l’essentiel en écriture, c’est la recherche de son champ de vérité. Je pense effectivement que, d’une certaine manière, chacun cherche à refléter, dans son écrit, sa propre vérité.

Par ailleurs, il me semble fondamental, en tant qu’animatrice, d’être totalement présente à son groupe. D’observer les participants, de les écouter. Même quand ils écrivent. Que cela fait partie du travail d’animatrice et que l’accompagnement commence par là.

Et puis l’animation d’un atelier d’écriture passe aussi par la rencontre de l’autre, l’art de gagner sa confiance, même si elle « ne se postule pas, elle se donnera peut-être ».

L’acte d’écrire ou de faire écrire nécessite d’être à la fois dans l’ici et maintenant, et dans l’ailleurs.

Il y a d’abord la relation qui se noue entre les participants et avec l’animatrice. La curiosité de savoir avec qui on s’engage dans ce voyage d’écriture. Il y a l’attention de l’animatrice, sa présence et son écoute pour comprendre d’éventuelles sensibilités ou difficultés à venir.

Puis, il y a la consigne donnée au présent, dans l’ici et maintenant. La consigne à laquelle vont adhérer (ou pas) les participants. La consigne qui est une clé ouvrant sur d’autres mondes personnels, individuels, le ticket pour le voyage qui va être entrepris et les mènera ailleurs. Il arrive que les personnes ne soient pas inspirées. Cela peut être déroutant pour l’animatrice lorsque la consigne n’est pas acceptée. Olivier souligne que tout ne repose cependant pas sur l’animatrice et qu’on ne gère pas les autres.

 

Écriture et silence

« Commencer, pour écrire, par s’éloigner des proliférations de paroles et de discours qui recouvrent le monde. Chercher son endroit, son coin, son abri. Le silence est le premier sas, la voie d’accès. Il conduit aux portes intérieures, les ouvre sur l’espace du dedans, sur l’intime. » Mme Lecoeur insiste sur l’importance du silence.

Pour moi également, la mise en condition de l’écriture est le silence. Mais ce silence, il me semble non seulement extérieur, mais aussi et surtout intérieur. A dire vrai, c’est comme si, pour écrire, on se fermait aux éléments hors de son corps. On se crée une bulle à l’intérieur de laquelle on se réfugie. Inaccessible aux autres. Personnellement, je n’ai aucun problème à écrire dans un lieu public, car j’ai cette capacité de me réfugier cette bulle de silence pratiquement n’importe où, dans n’importe quel contexte. Le silence ne m’est pas forcément nécessaire. Le silence implique simplement de ne plus communiquer avec l’extérieur, de fermer les voies de communication. Cela dit, si quelqu’un cherche à me parler alors que je suis dans cette bulle, je suis très contrariée et j’ai peine à revenir dans le présent immédiatement.

Lors de mon premier atelier, j’ai été frappée de voir chaque participante enfermée dans sa bulle de silence et d’écriture. C’était impressionnant. Olivier mentionne qu’il est assez fréquent que, lorsqu’une nouvelle personne arrive dans un groupe déjà constitué, celle-ci soit impressionné de voir les autres participants se mettre tout de suite à écrire, à peine la consigne transmise. Les participants au long cours ont confiance en l’animatrice et ne se posent plus de questions. Ils réussissent à lâcher prise.

Groupes d’écriture. Ça commence comme ça

Après avoir écrit sur les conditions pour écrire, Mme Lecoeur explique comment se passe le début d’un atelier de manière concrète, puis raconte tout ce qui peut s’y dire, avant l’écriture. Je n’ai pas le sentiment que ces discussions sont forcément indispensables au début. Surtout dans le cadre d’un atelier d’écriture loisir, tels que ceux que j’ai l’intention de donner. Pour sa part, Olivier s’assure d’abord que la consigne a été comprise. Certains participants reformulent systématiquement ses consignes. Mais Olivier n’encourage pas les discussions autour des consignes, il y coupe court. La discussion se fait dans le for intérieur de chaque participant. Chacun doit garder ses idées pour soi. En ce qui concerne les consignes ping-pong, Olivier insiste sur le fait, qu’une fois les rôles répartis, tout doit se faire par écrit et qu’il ne doit pas y avoir d’échange oral

Percevoir et saisir

Mme Lecoeur met en avant l’importance de la perception. Car pour écrire, il faut être attentif à ce que l’on perçoit à l’extérieur, mais aussi à l’intérieur. L’écrivain cherche des signes, est à l’écoute du monde et de ce qu’il ressent. Mais il a souvent de la peine à le transformer en écriture. Il existe toujours un écart entre la perception et l’écrit, ce qui est éprouvé et écrit. Mme Lecoeur utilise le mot « saisir » dans son texte, que j’ai peine à comprendre. Olivier le définit comme étant le fait de «dire avec des mots ce qui est de l’ordre de la sensation. »

Formes d’écoute

Après l’écriture vient l’écoute. L’auteur de l’article distingue trois types d’écoute : l’écoute poétique, littéraire et poïétique.

L’écoute poétique porte sur le choix des mots utilisés par le participant. L’écoute littéraire vise plutôt le choix des effets de style. La poïétique porte davantage sur le travail de l’écrivant, sa manière d’arriver au résultat écrit, le chemin de sa pensée, comment il est parvenu, à partir de l’idée, jusqu’au texte écrit. Les trois types d’écoute sont importants pour effectuer des retours pertinents aux participants.

Désordres

Ce passage, à l’image du titre, me parait désordonné, difficilement compréhensible.

Si j’ai bien compris ce que l’auteur a voulu exprimer par désordres, ce sont les errements de l’écrivain avant de produire un texte cohérent et structuré. Il écrit d’abord ses idées qui vont dans tous les sens. Il se juge, se critique, puis soudain vient l’inspiration. Les idées deviennent plus structurées. Une histoire est en train de se créer. Ce processus me semble logique et refléter la réalité de la création. Olivier considère aussi que, dans ce passage, l’auteur n’évoque pas la problématique de l’atelier d’écriture en groupe.

Fondations

Ce passage est encore plus obscur pour moi. Le processus d’écriture inclut aussi bien de la création, parce qu’il faut produire, que de la destruction. Il faut savoir détruire pour réécrire. Il y a d’abord le plaisir du premier jet, puis celui de la réécriture, impliquant un élagage. Le processus d’écriture est à la fois masculin – énergie créatrice de départ – et féminin – on « accouche » d’un texte. Il y a aussi une recherche esthétique de beauté vers laquelle on doit tendre. La question du style, c’est trouver une concision et la beauté de la forme.

 

L’entourage favorable :

Dans cette partie, l’auteur parle du métier d’animateur qui nécessite de s’intéresser à l’autre à sa capacité de créer. Il est aussi nécessaire de savoir accueillir non seulement les désirs d’écriture de l’autre, mais aussi ses doutes, dit Mme Lecoeur.

Ce passage me parait particulièrement intéressant et important, quant à la création d’un environnement sécurisant pour les auteurs-participants : « environnement respectueux de la liberté de l’auteur, capable de fonctionner comme un écho ou une caisse de résonance, assurant le relais, la médiation entre la réalité psychique interne du créateur et la réalité externe du public à venir. » Elle dit l’importance du cadre et la nécessité de faire dire au participant ses difficultés.

Le travail du style se fait avec et contre les normes. Cette notion est importante. Le style, c’est se confronter à la norme. C’est s’en emparer et la transformer. Ce qui va faire littérature, c’est qu’on va échapper à la norme, au prévisible, au déjà lu. Dans nos retours d’animateur, c’est important de pointer ce qui sort de la norme.

On avance sur un fil

« Dans les groupes, les écritures s’adressent à l’entourage favorable, au maternel, à sa capacité de recevoir et faire écho. » À part cette phrase que je trouve intéressante, le reste ne me parle pas du tout. L’écriture de Mme Lecoeur se nourrit des textes de ses participants de ses ateliers. On prend de l’énergie des autres. En tant qu’animateur, on donne aussi beaucoup d’énergie. Olivier mentionne une citation intéressante : « Créer, c’est donner à d’autres hommes des yeux qu’ils ne connaissent pas. » Un créateur est intéressant à partir du moment où il a sa propre vision du monde.

2° Rédiger une analyse de pratique. Choisir l’événement et le sujet d’analyse suivant la méthodologie décrite dans le cours.

Je viens d’animer mon premier atelier d’écriture et il me semble aller de soi de procéder à son analyse. De réfléchir à ce qui a fonctionné ou pas. D’exprimer cette découverte des autres et de moi-même. D’écrire mon ressenti.

La préparation de l’atelier sur l’odorat m’a pris des semaines. Deux jours avant le jour J, j’apprends que j’ai deux participantes de plus. C’est bien. Elles sont cinq. C’est le nombre que j’avais prévu au départ pour cet atelier test et je suis satisfaite.

Je ne suis liée à aucune des participantes de manière intime. Je les connais toutes, mais je ne les considère pas (encore) comme des amies. J’ai des liens professionnels avec deux d’entre elles, une autre est une voisine qui vient d’emménager à côté de chez moi et avec qui j’ai bu un apéritif trois semaines avant. J’ai suivi des cours avec la quatrième, trois ans auparavant, et ne l’ai pas vue entre deux. C’est de la dernière dont je suis la plus proche, puisque c’est l’épouse d’un ami de mon conjoint.

Ce début pourrait faire l’objet d’un roman d’Agatha Christie. On rassemble des personnes qui ne se connaissent pas (ou presque) et qui vont faire quelque chose ensemble… Pas de meurtre, mais une création à la fois individuelle et collective. Cela dit, une des participantes en connaissait deux autres au lieu d’une seule. Le hasard !

Avant leur arrivée, j’ai tout préparé ou presque sous la tonnelle en bordure du champ. J’ai prévu des blocs de papier et stylos pour celles qui auraient oublié d’en prendre. Par bonheur, il fait beau. Mon conjoint est allé chercher des croissants, les chiens et les poules sont enfermés.

La première participante arrive un quart d’heure à l’avance, à 9h45. Vite, on déplace les voitures pour permettre à tout le monde de se parquer. Accueil café-croissant, mais la plupart ne mangent rien, car elles avaient déjà pris leur petit déjeuner. Ambiance agréable. Le sentiment que ces personnes vont s’entendre. La dernière arrive avec un quart d’heure de retard. On commence, sitôt qu’elle est arrivée. La qualité de l’accueil exprime d’emblée le vœu d’un partage et c’est positif. Cet acte de générosité a entraîné la générosité des uns envers les autres.

D’emblée, un petit tour de table pour savoir qui elles sont et qui a déjà suivi des ateliers d’écriture. Elles sont trois sur cinq. L’une d’entre elles annonce d’emblée la couleur. « Je ne sais pas écrire et je n’ai jamais écrit. » Je comprends à ce moment-là que son but n’était pas d’écrire, mais de regarder ce que j’allais faire des senteurs que j’avais choisies chez cette créatrice de parfum. Peut-être qu’elle voulait se confronter elle-même à l’écriture, plus ou moins consciemment.

J’introduis l’atelier et commence par un jeu oral sur les expressions populaires liées à l’odorat. Les participantes sont surprises de découvrir qu’il y en a autant. J’explique l’origine de certaines expressions. Elles s’amusent toutes et participent bien.  C’est un véritable succès. C’est une technique pour décontracter les gens et les mettre dans une ambiance ludique.

La deuxième consigne a posé un peu plus de problème. Le but était de respirer des odeurs, d’en choisir une et d’écrire un souvenir qui y était lié. D’emblée, une des participantes m’annonce qu’aucune des odeurs ne l’inspire et ne suscite de souvenirs chez elle, mais que, par contre, elle a un souvenir très précis lié à une odeur qui lui vient à cet instant. Elle me demande si elle peut écrire sur cela.  Je lui dis qu’elle peut y aller. Consigne alternative : leur faire sentir l’odeur et leur proposer, soit un souvenir réactivé par cette odeur, soit une histoire que ces odeurs évoquent.

Je leur donne 25 minutes pour écrire. Quatre des participantes se mettent très vite à écrire. De temps en temps, elles lèvent la tête, sans voir leur environnement. Elles sont plongées dans leur monde. Et moi, je découvre le plaisir de les observer, d’observer leur visage. Pour moi, c’est une découverte extraordinaire. Mon chat vient, surpris du silence. Il regarde ces femmes plongées dans l’écriture, les hume de loin, puis s’en va, comme il est venu. Aucune d’entre elles ne l’a aperçu. La créatrice de parfum n’écrit pas, mais passe son temps à humer les différentes odeurs en flacon. Je lui demande si ça va. Elle me répond par l’affirmative. Je n’insiste pas. Devant elle, son stylo et un agenda. « Plus que cinq minutes. » Olivier utilise la formule « on commence à finir… » pour annoncer aux participants que c’est bientôt la fin de l’écriture.

Les participantes posent leur stylo, reviennent au présent, à la réalité, autour de la table, lèvent la tête, le sourire aux lèvres.

Elles lisent à tour de rôle leur texte, qui est commenté par les autres. Tous très différents, reflétant des sensibilités, des styles, des vies. Les commentaires sont bienveillants et les écrivantes racontent ce qu’elles ont vécu de cette expérience cette plongée dans leurs souvenirs. L’une d’elle est très émue lorsqu’elle lit son texte. Une larme coule sur sa joue. Les autres accueillent cette émotion, sans excès. Puis on rit, on sourit au texte suivant, joyeux de souvenirs d’une enfance insouciante et parfumée.

Je m’adresse enfin à celle qui n’a pas écrit. Elle s’est sentie projetée l’espace d’un instant à une autre époque, dans un autre lieu rempli d’odeurs agréables. Elle n’a pas su – pas essayé – l’écrire. Pendues à ses lèvres, les autres lui disent qu’il aurait suffit qu’elle couche sur le papier ce qu’elle venait de dire.

Après l’écriture, j’apprends que celle qui m’a demandé à écrire sur le souvenir d’une autre odeur a un très mauvais odorat. Quand elle réussit à sentir une odeur, elle est contente et en est d’autant plus marquée. Sa demande me fait réfléchir à cette consigne et je songe à la modifier pour de futurs ateliers. Finalement, il n’y en a que deux qui ont été inspirées par les odeurs proposées, et les deux, par la même, à savoir la lavande.

Je passe à la troisième et dernière consigne. A tour de rôle, les participantes lisent le début du Parfum de Süskind. Elles sont dégoûtées et sont contentes que je leur demande d’écrire sur de bonnes odeurs.

Toutes se mettent à écrire, même la parfumeuse qui semble soudain inspirée. C’est magique, magnifique à voir. Une autre semble avoir plus de mal à trouver des idées. Les 20 minutes passent. Je propose à la créatrice de parfum de nous lire son texte. Elle se trouble, se met à pleurer. Elle me tend son texte pour que je le lise. Me dit qu’elle est hors propos. Je la rassure. Les autres la rassurent. Elle finit par sécher ses larmes, reprend son texte pour le lire. Elle devient fée, comme celle de son poème, une fée qui raconte les parfums, avec l’accent chantant du sud, qui raconte les fleurs d’oranger, ses nuances, ses émotions et sa légèreté.  L’espace d’un instant, le tour de table est pendu aux lèvres de celle qui ne savait pas écrire. Des applaudissements, des émotions. Le groupe vit ce moment unique comme un miracle, tandis qu’à travers ses larmes, la fée des parfums sourit. Fragile. Bonheur.

Puis les autres participantes lisent leur texte. Certaines expriment leur difficulté à trouver leurs mots. « Sentir bon » sonne mal. N’a aucun autre synonyme. « Puer » sonne mieux. La dernière, celle qui était le moins inspirée, a vu trop grand et s’est perdue dans le début d’une histoire remplie de promesses, dont on aimerait connaître la suite. Olivier mentionne le mot « embaumer » comme synonyme à « sentir bon », lequel est l’antonyme de « empester ».

L’heure de la fin a sonné. Quelques discussions autour de l’atelier. On m’exprime le plaisir d’avoir pu s’évader de son quotidien, on me remercie des informations sur les sens et l’odorat. Puis quelques suggestions de certaines d’entre elles, pour éviter qu’une personne soit bloquée, comme la créatrice de parfum. On me suggère un jeu d’écriture à plusieurs, genre cadavre exquis. Je promets d’y penser. Mais après réflexion, je ne suis pas sûre que cela aurait été mieux. Au fond, cela ne me gêne pas que la parfumeuse n’ait pas écrit à la première consigne. Le miracle était d’autant plus impressionnant.

On me demande à quand le prochain atelier… L’idée du cadavre exquis (on ne voit que le dernier mot) est à conserver. Cela signifie qu’elles avaient envie de faire un texte ensemble.

Il est 12h15, temps de prendre l’apéritif préparé par mon conjoint, lequel durera jusqu’à 15h !